Mon lycée qui prend l’eau

Je l’aime, ce lycée.

C’est un lycée de banlieue, polyvalent, pas un lycée « chic », mais un lycée où il existe une vraie mixité sociale, et qui correspond à un modèle de société auquel j’adhère. C’est un lycée où l’on fait des tas de projets très chouettes avec des équipes de collègues motivés, comme notre prix littéraire maison pour toutes les classes de seconde, qui existe depuis plus de quinze ans. Le bâtiment est assez beau, très grand, en bord de Seine, et il a été dessiné par un grand architecte italien, Massimiliano Fuksas.

Alors là, j’ai tous les points de barème administratif pour partir de cet endroit si je le voulais et muter vers des horizons plus bourgeois, réputés plus tranquilles. Mais moi, les élèves d’ici, je les aime beaucoup, avec leurs soucis, leurs capacités d’invention, leur gentillesse, leur potentiel. Ce sont eux qui me donnent des idées, depuis des années, pour inventer des scénarios pédagogiques qui sortent de l’ordinaire. Et c’est chez moi, ici.

Bref, je suis prof à MaxP depuis la construction du lycée, il y a presque vingt ans, et j’ai toujours vu des flaques dedans, les jours de pluie, inonder les salles de cours ou  les couloirs. Il nous a été livré de façon un peu précipitée par Michel Giraud, un président de Région de droite, juste avant les élections régionales: c’est certainement pour cette raison que les finitions ont été bâclées et que le bâtiment n’a jamais été étanche. A force, j’ai presque l’impression que c’est normal, tous les trous dans les plafonds, les auréoles humides partout…

Il y a deux ans, je surveillais l’épreuve de bac français écrit, pendant laquelle on a vu une plaque de plafond se détacher tout à coup et une sorte de chute du Niagara s’abattre sur un élève qui composait en dessous. On a fini l’épreuve les pieds dans un lac artificiel. Est-ce que c’est parce qu’on est un lycée de banlieue populaire que ces choses paraissent normales au point de ne jamais être réparées sérieusement?

Ce lycée a toujours manqué de personnel d’entretien aussi. Du coup je ne l’ai jamais connu vraiment propre. Car quand il nous a été livré, il n’avait pas même été débarrassé de ses gravats de chantier. Maintenant, comme il n’y a pas eu de travaux d’entretien réguliers, les sols sont incrustés de saleté. On nous promet des travaux, des améliorations, surtout quand il y a un accident. Une flaque de sang, la tragédie frôlée, et ce jour-là, tout le monde fait le déplacement. Mais après, on traîne, on traîne… peut-être se dit-on que les années passant, les profs oublient les promesses faites à l’époque?

C’est bizarre, j’ai comme l’impression qu’ils n’ont pas les mêmes problèmes au Lycée Henri IV.

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