Les couilles du bac littéraire

gideRassurez-vous, je suis une femme très polie, plutôt discrète, patiente, et même douce. Mais à chaque fois que je suis en colère, je mets un gros mot dans le titre de mon article.

Et cette fois-ci, je suis très en colère. Vraiment. Pourquoi? Le nouvel auteur au programme de littérature en terminale L est André Gide, avec son roman Les faux monnayeurs. J’aime ce livre, avec sa mise en abyme, sa réflexion sur l’écriture. J’aime cet auteur qu’on avait tendance, c’est vrai, à oublier un peu. On peut même dire qu’il mérite d’être au programme. Ce n’est pas lui, le problème. Je suis même désolée que ma colère tombe sur Gide, qui n’y est pour rien, le pauvre.

Le gros souci, c’est que depuis 2O ans que j’enseigne au lycée, pas une auteure femme n’a été au programme de littérature en terminale L. Je ne demande pas la parité. Mais qu’il y ait au moins UNE femme en 20 ans, ce ne serait pas complètement fou, non??! Pour un type de classe composé en majorité de filles et des profs qui sont majoritairement des femmes, quel message subliminal veut-on nous faire passer? Duras, Mme de Lafayette, Ernaux, Yourcenar, non, elles n’existent pas??? Avec Bonnefoy, Jacottet, Quignard, la littérature contemporaine a souvent été à l’honneur. Mais avec de bons chromosomes Y. Les mêmes que ceux de la majorité de nos inspecteurs.

Pour les programmes de l’agrégation, de Normale Sup, pas de problème, on n’oublie pas complètement les femmes. J’ai travaillé sur Duras en khâgne, mes collègues ont composé sur Yourcenar à l’agrégation interne cette année… Pourquoi alors ce problème d’excès de testostérone précisément en terminale, au bac littéraire? Que veut-on nous signifier symboliquement? L’impossibilité de devenir artiste?

Si encore personne n’avait jamais signalé le problème… On pourrait penser à une maladresse, un petit oubli qui tiendrait à une forme de négligence étourdie, puisqu’un seul auteur change chaque année, dorénavant. (Même si le problème était le même quand nous avions 4 oeuvres à étudier par an!). Une élève de terminale elle-même avait lancé il y a deux ans une pétition sur ce sujet, qui avait eu un grand retentissement. Car en plus, à l’époque, avec l’oeuvre d’Eluard et de Man Ray, Les Mains libres, nous avions au programme un recueil présentant une image de la femme qui pouvait poser question. http://rue89bordeaux.com/2014/08/petition-place-aux-femmes-les-programmes-scolaires/

Je pense qu’on peut en lancer une à nouveau. Il n’y a pas que les élèves qui en ont marre. Il y a les profs aussi. Cliquez ici pour trouver le lien avec cette pétition. Plus on sera de signataires, plus nos arguments pourront être entendus!

louisette

13 thoughts on “Les couilles du bac littéraire

  1. Bravo, mettez en ligne une pétition, et que ça roule ! Martine , auteur et lectrice boulimique

    • La pétition est là: https://www.change.org/p/najat-vallaud-belkacem-donner-leur-place-aux-femmes-dans-les-programmes-de-litt%C3%A9rature-au-bac-l?recruiter=53568910&utm_source=share_for_starters&utm_medium=copyLink

  2. J’ajouterai qu’en philosophie il n’y a qu’Hannah Arendt qui est au programme, alors qu’il y a bien des philosophes talentueuses et importantes.

    • C’est juste, j’aurais dû ajouter cette remarque à ma tirade… Le problème n’est pas circonscrit aux lettres, malheureusement.

  3. Bonjour
    Bravo pour ce coup de gueule si légitime ! D’autant plus que 80 à 85% des candidats sont des candidates… Hier prof en TL, aujourd’hui en retraite, je l’avais déjà écrit sur le site de Lettres Volées alors que le rôle de Nush était officiellement passé sous silence et que, par ailleurs, les illustrations de Valentine Hugo auraient largement égalé celles de Man Ray pour épouser la poésie de Paul Eluard… Le rôle de la femme dans la littérature doit – il se limiter à la névrose de type bovarisme ? Je signe bien entendu la pétition. Bien cordialement à vous. Alain

    • Oui, c’est vrai… Les élèves d’ailleurs avaient souvent fait part eux-mêmes aux enseignants de leurs interrogations concernant le choix de cette oeuvre…

  4. Complètement d’accord : il n’y a pas assez de femmes écrivains dans le programme de littérature. Pourtant, en examinant Wikipedia, elles seraient plus de 3500. Les auteurs étudiés sont très majoritairement des hommes (Maupassant, Hugo). Pourquoi n’étudierait-on pas aussi Colette, célèbre romancière, et membre (et présidente) de l’Académie Goncourt ?
    Même constat dans le programme de philosophie : absence quasi-totale de femmes philosophes. De même pour les femmes de science qui ont marqué l’Histoire, elles sont au nombre de 337, comme Marie Curie et Sophie Germain.

    Actuellement en philosophie, seule Hannah Arendt est étudiée, ce qui représente 0,7% des philosophes, tandis que l’Histoire compte 23,17% environ de femmes philosophes.

    L’inégalité sexiste est une injustice. Les choix d’auteurs devraient être tiré au sort, au hasard, et il apparaît comme évident qu’il existe encore et toujours une discrimination académique contre les femmes. Votre coup de gueule est absolument légitime.

    • Merci! C’est vrai qu’on aurait pu imaginer une forme de protestation plus générale, car il n’y a pas que les lettres qui sont concernées.

  5. Merci pour cette initiative. Je suis professeure d’Histoire et Géographie en lycée et je viens d’envoyer ce lien à mes collègues de Lettres…qui sont toutes des femmes. Quelques temps après les débats qui ont eu lieu au festival de la bande dessinée à Angoulême, disons qu’il est temps d’enfoncer des portes ouvertes et de souligner sans relâche que le chemin qui mène à l’égalité est encore long !

  6. …et pourquoi pas un écrivain “black”, “LGBT”, “arabo-musulman”, “juif”, “bouddhiste”, et j’en oublie! supprimons la littérature française trop genrée et post-colonialiste par la “diversité culturelle”…en un mot par les “cultural studies” anglo-saxonnes!!

    Plus on parle du “vivre-ensemble” et plus on “communautarise”!

    • Il ne s’agit pas du tout de communautarisme ici, vous êtes vraiment hors-sujet. Bizarre d’imaginer toutes sortes de dérives dès lors qu’on demande seulement une présence de femmes dans les programmes, alors même que dans la littérature contemporaine, elles sont très représentées. Je ne vois pas quel dérangement cette remarque légitime pourrait vraiment provoquer.

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