Éclats de beauté scolaire en milieu déglingué

Sans que je me l’explique vraiment, un petit tweet que j’ai posté vendredi a pris des proportions inattendues.

 

On n’est pas très serein quand on s’aperçoit qu’un petit tweet tranquille en est à plus de 168000 impressions, près de 3000 “j’aime”, avec tous les dingos qui forcément rappliquent aussi dans ces cas-là, les insultes en tout genre qui y sont forcément associées, le téléphone excité qui vibrait sans cesse jusqu’à ce que je désactive les notifications. Pourtant, mon geste twittesque avait été spontané, je voulais juste partager une émotion forte après un cours observé à Saint-Denis. J’en viens à me poser des questions sur moi-même: me suis-je spécialisée dans le buzz? Je n’ai pas de vocation pour ça: pourquoi alors est-ce que je me retrouve dans ces situations? Que veut dire aussi cet emballement autour de quelques lignes racontant simplement qu’un cours sur Phèdre s’est bien passé à Saint-Denis, dans des conditions matérielles déplorables? Pourquoi la société veut-elle faire un écho particulier à ce message-là précisément? pourquoi diable ça se retrouve sur les réseaux sociaux de Michèle Cota, de Régis Jauffret, Patrice Carmouze ou de Maïtena Biraben (et j’en passe) ? Est-ce parce que ça paraît si miraculeux à tous de dire qu’il y a des profs passionnés et des élèves studieux à Saint-Denis? Est-ce la misère des locaux qui scandalise? Les deux? C’est peut-être aussi une question de mise en scène des phrases dans mon tweet, qui ne ménageait pas ses effets, en deux mouvements, sous le coup de l’émotion.

Mais c’est dingue, ce remue-ménage. Il faut alors surveiller son tweet comme du lait sur le feu, ça déborde, ça déborde, mais pour faire quoi, pour aller où? J’avoue que ça a un côté à la fois passionnant et aussi angoissant. On se rend compte qu’arrivent les messages hostiles dans un deuxième temps, quand le Tweet s’est éloigné du cercle proche. Ta phrase, petite étincelle de mots, devient petit feu puis incendie… mais c’est plus un feu de paille qu’une flamme révolutionnaire.

Ma poignée de mots sur le lycée en piteux état ne va pas repeindre les plafonds du couloir qui tombent en loques, Twitter ne va malheureusement pas rallumer le chauffage dans les salles glaciales, ni réparer la porte de la classe qui bat sans cesse dans le courant d’air. J’ai sans doute voulu faire un truc avec mon tweet, signaler quelque-chose, c’est peut-être mieux que rien, mais il faut le reconnaître, c’est assez vain.

 

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