Oedicnème criard

« Oedicnème criard ». Parfois, on se réveille avec un mot un peu étrange dans la tête. Ce matin pour moi, c’est « oedicnème criard », le nom d’un oiseau rare qui correspond à un souvenir d’enfance précis.

J’étais avec mon père à la « Quimbeau » (Je ne sais pas comment ça s’écrit au juste, c’est le nom de plusieurs champs, pas loin de mon hameau natal, autour d’une ruine isolée) car j’allais parfois l’accompagner dans son travail, il me faisait une petite place dans le tracteur. C’était un vrai plaisir. J’avais quoi? 9 ans? 10 ans? je ne sais plus… Ce jour-là, nous avons vu un oiseau étrange qui se détachait à peine sur la couleur de la terre retournée.

« Françoise, regarde là-bas, c’est un oedicnème criard! c’est très rare! c’est un oiseau coureur! » Nous retenions notre souffle, tous les deux seuls dans la campagne, le moteur du tracteur arrêté, dans un moment suspendu. Cet oiseau, sûrement ne le reverrais-je plus jamais dans ma vie, il était exceptionnel dans mon coin de Nièvre, on avait le coeur battant, de le voir, là, courir, bizarre.

Mais je savais aussi qu’il y avait une chose encore plus merveilleuse que cet oiseau étrange et discret: un père qui sache le nom incroyable de cet oiseau, et veuille me le transmettre, un père qui le reconnaisse alors qu’il se distingue à peine des mottes de terre fraîchement retournée, un père qui m’explique sa rareté, son mode de vie, qui arrête son tracteur, et qui l’admire avec moi. Voilà tout le prix pour moi de ce mot rare que j’affectionne : « oedicnème criard. » Pour personne d’autre que moi sans doute, ce mot ne contient autant de choses.

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