Passe ton macho-bac d’abord!

GIDEFEMLes écrivaines doivent apparaître enfin dans les programmes de littérature. Depuis que la pétition – qui a dépassé le millier de signatures- a relancé ce débat, on entend plusieurs arguments pour justifier l’absence des femmes dans les programmes de littérature de terminale. J’aimerais y répondre.

1er argument macho: On ne détermine pas les auteurs du programme en fonction de leur sexe, mais uniquement au regard de la qualité littéraire de leurs textes.

Eh bien justement! Cela devrait vous apparaître d’autant plus horrible de n’avoir pas sélectionné une femme depuis si longtemps (combien de temps d’ailleurs, on ne le sait même plus…) Je suis persuadée qu’en haut lieu personne n’a jamais voulu affirmer que les écrivaines étaient moins intéressantes que les écrivains, mais dans les faits, ce qui s’est produit revient au même que si l’oubli des femmes était intentionnel. C’est d’ailleurs presque pire: une négligence rampante, sournoise… Cette absence se fait en catimini et pérennise un modèle culturel du passé, avec lequel il est de notre devoir de rompre. Pourquoi ces choix? Parce qu’il y aurait toujours une bonne raison de faire connaître aux lycéennes Les Mémoires du Général de Gaulle plutôt que les Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir? Pascal Quignard plutôt que Marguerite Yourcenar? Yves Bonnefoy plutôt que qu’Annie Ernaux? Philippe Jacottet plutôt que Marguerite Duras? Celui qui gagne est…toujours un homme!  (Mais depuis plus de 15 ans, c’est juste une coïncidence, on vous l’assure, hein….)

2ème argument macho: En littérature, il est normal qu’il y ait plus d’hommes, car on fait étudier plus d’auteurs du passé que d’auteurs du présent, et autrefois, les femmes écrivaient moins.

Faux! Cet argument ne tient pas une seconde! En terminale littéraire, c’est justement une tradition, à ce niveau, d’étudier des auteurs vivants, ou des auteurs du XXème siècle très régulièrement. Pour ma part, j’ai toujours étudié avec gourmandise les auteurs contemporains proposés: Queneau, Quignard, Beckett…Il n’est pas question ici de contester leur intérêt, mais de faire attention à ne pas enterrer le génie féminin.  Quid de Nathalie Sarraute? De Colette?  Sans compter nos auteurEs vivantes, et si vivantes: Hélène Cixous, Marie N’Diaye, Lydie Salvayre, Nicole Caligaris, Virginie Despentes, Chloé Delaume, Emmanuelle Pireyre, et beaucoup d’autres encore?  Et puis les écrivaines du passé existent aussi. Qui peut rester insensible aux tourments de Louise Labé? Qui peut nier la beauté de la Princesse de Clèves? ETC, etc…

3ème argument macho: Il n’y a qu’un auteur du programme qui change chaque année, cela serait donc trop fastidieux d’établir une règle de parité entre hommes et femmes.

Mais…. Le problème était le même quand il y avait 4 auteurs au programme! Et il ne s’agit pas pour l’instant d’adopter une règle de parité (encore que, c’est à voir…): nous souhaitons voir casser d’urgence cette malédiction littéraire qui frappe les femmes. Combien d’années devrons-nous attendre gentiment ce moment où enfin, une femme sera au programme? Au bout de toutes ces années d’enseignement, j’ai l’impression pénible que je serai peut-être morte avant. 80% de mes collègues profs de lettres sont des femmes, j’ai des classes de terminale littéraire dans lesquelles il est courant de ne voir qu’un ou deux garçons au milieu d’un effectif essentiellement féminin. Et puis, accessoirement, je suis la maman de 3 filles. Je pense à elles: mes collègues, mes élèves, mes filles. Symboliquement, l’institution devrait leur signifier clairement que leur place n’est pas seulement celle d’étudier et d’admirer les artistes hommes mais aussi de DEVENIR des artistes elles mêmes. Sinon, le monde ne changera jamais.

Ceux qui élaborent les programmes ont une lourde responsabilité: ils devraient regarder plus loin que l’année en cours et jeter un œil dans le rétroviseur. Le programme qui s’écrit chaque année, strate après strate, forme un message symbolique de domination culturelle masculine qu’ils envoient, mine de rien, à toutes ces filles de terminale L depuis des lustres, et à leurs profs. Plusieurs auteurs contemporains hommes et femmes ont déjà réagi vivement sur les réseaux sociaux à notre appel à la réflexion sur les programmes. Notre constat relève du bon sens,et il n’est pas nouveau: Ariane, une lycéenne indignée, avait déjà créé une pétition il y a deux ans, le journal Libération avait publié un article engagé l’an passé à ce sujet, etc… Des efforts ont été faits dans les nouveaux programmes de collège, avec en sixième la mention “héros et héroïnes de l’Antiquité”, qui montre bien qu’on porte une attention particulière à la part du Féminin dans la culture. Pourquoi ne pas faire le même genre d’effort en terminale? Non seulement le fait d’exprimer une réaction assez révoltée me semble légitime; mais j’aurais honte de me taire et de laisser tomber au compte-gouttes dans le grand vase des programmes un homme de plus, ce pauvre André Gide, alors que le récipient institutionnel déborde de testostérone depuis longtemps, sans rien essayer de faire.

Si vous aussi vous voulez réagir, signez la pétition. 

 

Les couilles du bac littéraire

gideRassurez-vous, je suis une femme très polie, plutôt discrète, patiente, et même douce. Mais à chaque fois que je suis en colère, je mets un gros mot dans le titre de mon article.

Et cette fois-ci, je suis très en colère. Vraiment. Pourquoi? Le nouvel auteur au programme de littérature en terminale L est André Gide, avec son roman Les faux monnayeurs. J’aime ce livre, avec sa mise en abyme, sa réflexion sur l’écriture. J’aime cet auteur qu’on avait tendance, c’est vrai, à oublier un peu. On peut même dire qu’il mérite d’être au programme. Ce n’est pas lui, le problème. Je suis même désolée que ma colère tombe sur Gide, qui n’y est pour rien, le pauvre.

Le gros souci, c’est que depuis 2O ans que j’enseigne au lycée, pas une auteure femme n’a été au programme de littérature en terminale L. Je ne demande pas la parité. Mais qu’il y ait au moins UNE femme en 20 ans, ce ne serait pas complètement fou, non??! Pour un type de classe composé en majorité de filles et des profs qui sont majoritairement des femmes, quel message subliminal veut-on nous faire passer? Duras, Mme de Lafayette, Ernaux, Yourcenar, non, elles n’existent pas??? Avec Bonnefoy, Jacottet, Quignard, la littérature contemporaine a souvent été à l’honneur. Mais avec de bons chromosomes Y. Les mêmes que ceux de la majorité de nos inspecteurs.

Pour les programmes de l’agrégation, de Normale Sup, pas de problème, on n’oublie pas complètement les femmes. J’ai travaillé sur Duras en khâgne, mes collègues ont composé sur Yourcenar à l’agrégation interne cette année… Pourquoi alors ce problème d’excès de testostérone précisément en terminale, au bac littéraire? Que veut-on nous signifier symboliquement? L’impossibilité de devenir artiste?

Si encore personne n’avait jamais signalé le problème… On pourrait penser à une maladresse, un petit oubli qui tiendrait à une forme de négligence étourdie, puisqu’un seul auteur change chaque année, dorénavant. (Même si le problème était le même quand nous avions 4 oeuvres à étudier par an!). Une élève de terminale elle-même avait lancé il y a deux ans une pétition sur ce sujet, qui avait eu un grand retentissement. Car en plus, à l’époque, avec l’oeuvre d’Eluard et de Man Ray, Les Mains libres, nous avions au programme un recueil présentant une image de la femme qui pouvait poser question. http://rue89bordeaux.com/2014/08/petition-place-aux-femmes-les-programmes-scolaires/

Je pense qu’on peut en lancer une à nouveau. Il n’y a pas que les élèves qui en ont marre. Il y a les profs aussi. Cliquez ici pour trouver le lien avec cette pétition. Plus on sera de signataires, plus nos arguments pourront être entendus!

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Poétique de l’erreur

Les erreurs de lecture – ou ce que nous appelons erreurs- sont finalement tellement poétiques… Ces dernières semaines, j’en ai rencontré pas mal. Le roseau si prétentieux face au chêne qui ne va pas céder, Baudelaire qui invite son fils et sa soeur en voyage (“Mon enfant, ma soeur”)… Une autre réalité du texte se crée, un sens contraire et caché se révèle, parfois comique, et nous voici surpris. Au delà de la consternation attendue du pédagogue, de la stupeur du prof qui juge, que je suis vraiment en train de dépasser, je deviens sensible à une véritable esthétique de l’erreur, qu’il conviendrait de développer. L’erreur a son génie.

A la fin d’une journée d’examen, ce que les profs se racontent, ce qu’ils ont avant tout retenu, ce sont souvent les “perles” des élèves. Et si le sens de ce mot “perles” n’était pas si ironique? J’ai toujours détesté ceux qui gloussent et manifestent un plaisir suspect quand ils étalent les imperfections de leurs élèves comme s’ils avaient des choses à prouver, comme s’ils avaient besoin de ça pour asseoir leur propre légitimité. Mais on peut aussi y percevoir une sorte de fascination pour ceux dont la pensée tordue a exprimé, dans une sorte de fulgurance, un propos détonnant. L’élève qui a dit une bêtise n’est-il pas plus intelligent que celui, qui nous a servi le plat bien tiède de sa leçon clé en main? C’est à voir… Celui qui a essayé de penser par lui-même et en tire un objet inédit, absurde, drôle ou tragique, a tout mon respect de professeur.

Se tromper, c’est un voyage: il y a même un mot qui croise les deux notions, c’est “errer” (un mélange d’ERRARE -se tromper- et d’ITERARE – voyager). Ceux qui se trompent, ne nous en moquons pas, mais voyageons un peu avec eux sur les sentiers escarpés de leurs intelligences non formatées.

Il faudrait faire une sorte de musée des plus belles erreurs, souvent bafouées, méprisées, auxquelles on redonnerait toute leur dignité d’objet d’art. Je ne veux pas parler d’un bêtisier ordinaire destiné aux rires gras, mais vraiment d’un endroit où l’on consignerait les dérapages de la raison, les petits délires singuliers de nos cerveaux effervescents, les fruits tordus de notre ignorance. On en prendrait soin sous des vitrines éclairées, sur des petits coussins de velours. Il y aurait des figures géométriques bancales mais très jolies, des contresens sur des poésies qui en deviendraient surréalistes malgré elles, des cartes du monde qui dessineraient une nouvelle planète, des anachronismes qui bousculeraient l’histoire, des tournures lexicales jamais vues, de toute beauté. Et c’est de la tendresse qu’on ressentirait avant tout en visitant ce lieu.

Bien sûr, je ne vais pas me mettre volontairement à apprendre des erreurs à mes élèves. Mais j’espère ne jamais leur enseigner qu’il n’y a qu’une vérité.

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Bénédicte et Anabelle: deux soeurs?

ferdane(après avoir vu Argument, de Pascal Rambert, au théâtre de Gennevilliers)

 

Une belle femme intelligente, très XIXème siècle, a un mari tellement jaloux qu’elle en meurt, car il n’en finit pas de la persécuter, même si elle essaie de se révolter. Est-ce que je vous parle de la pièce  de Pascal Rambert, Argument, dont je viens de voir la dernière représentation au théâtre de Gennevilliers, ou bien du roman d’Eric Reinhardt, L’Amour et les forêts ?  Les longs prénoms des deux héroïnes, Bénédicte et Anabelle, se font écho jusque dans leurs B. Les deux œuvres, très féministes, sont sous l’influence de Villiers de l’Isle-Adam, dont le romancier intègre une nouvelle entière (L’inconnue) à l’intérieur de son livre, et comme le dramaturge semble s’inspirer de La révolte, cette autre nouvelle où une femme tente brièvement d’échapper à la prison conjugale. Les deux femmes, Anabelle et Bénédicte, sont mortes vaincues par une réalité bien moche, mais elles se sont aussi révoltées et s’affirment comme les figures fortes et paradoxales d’une soumission indocile. Dans les deux cas, on se dit que malgré tout, elles ont aimé ce mari si médiocre à côté d’elles et on ne comprend pas pourquoi. Les deux œuvres, chacune à leur manière, font aussi le lien entre le XIXème siècle et notre époque, mais dans un sens inverse : Anabelle, de son XIXème siècle, s’adresse aux femmes d’aujourd’hui, alors que Bénédicte, femme d’aujourd’hui, semble issue du XIXème à travers ses bottines, ses lectures et ses vêtements anachroniques.

Certes, il y a bien des différences entre le roman et la pièce, mais il est frappant de voir leurs points communs dans des détails. Les journalistes, en chœur, ont parlé de Madame Bovary à propos de Bénédicte Ombredanne (voir ici même, une petite communication à ce sujet) l’héroïne d’Eric Reinhardt. Dans la pièce de Rambert les reproches que Louis fait à Anabelle à propos de ses lectures qui l’ont corrompue font penser également au rôle joué par la lecture dans la vie d’Emma. Ses beaux bandeaux de cheveux bruns rappellent également l’héroïne de Flaubert et son Javille normand fait penser au Yonville d’Emma – même si pour la lande, j’ai plutôt pensé à Barbey d’Aurevilly. Le thème de la résurrection finale, qui se joue des conventions, vous le trouvez à la fois dans le roman de Reinhardt et dans la pièce de Rambert- certes pas de la même façon, mais quand même !  Chacune des deux héroïnes possède un bijou fétiche, la bague d’une ancêtre pour Bénédicte, un médaillon à cheveux pour Anabelle, lié au soupçon d’adultère.

On avait déjà remarqué la théâtralité des monologues jaloux, fous furieux, du mari de Bénédicte Ombredanne, quand Eric Reinhardt les avait lus avec le groupe Feu Chatterton à la maison de la Poésie et au festival d’Avignon. Pour moi, la pièce de Rambert en constituerait par une sorte de ricochet, un majestueux écho dramaturgique.  (Bon, vous avez un peu compris depuis un certain temps que je suis assez passionnée par l’œuvre d’Eric Reinhardt, et vous pouvez imputer ce parallèle à mes obsessions, je ne vous en voudrai pas.)

Alors s’il faut que je vous prouve qu’entre ces deux artistes, il y a bien un jeu de vases communicants, comment expliquer autrement le fait que la sublime Marie-Sophie Ferdane – qui joue le rôle d’Anabelle chez Rambert –  soit justement l’actrice choisie par Reinhardt pour lire l’Amour et les forêts dans sa version livre-audio, et que Laurent Poitrenaux – qui joue le rôle de Louis à Gennevilliers- soit justement l’acteur qui lit le récit de Je vous emmène, l’œuvre hybride conçue par Eric Reinhardt pour l’Opéra de Paris ? Ahaha…. là, ça vous laisse muet, c’est un peu trop gros pour être une coïncidence, non ? Eh bien moi,  je trouve ça super beau, cette fraternité artistique dans l’inspiration, où chacun prend un peu de l’autre dans son œuvre pour l’emmener sur son terrain.

Mais revenons-en à Argument. Car j’ai bien conscience que mon approche comparatiste, par son regard biaisé, tend à réduire la belle ampleur de cette pièce, qui vibre à part entière d’un bout à l’autre d’une passion folle.  A Genevilliers,  j’ai été saisie par la majesté de Marie-Sophie Ferdane, ses bras blancs interminables, par les corps des comédiens, cet enfant, une sorte de mannequin semi-vivant,  accessoire du couple. La scénographie était vraiment somptueuse, avec ces costumes, l’importance des tissus qui parcourt la pièce, la pluie ravageuse et sa brume fantastique assez gothique. J’étais au deuxième rang et j’ai vécu un grand moment de théâtre.

La réform de l’ortograf

Voici un texte d’Alphonse Allais, écrit en 1893, que j’adore donner à mes élèves. Cet humoriste des temps passés leur permet de réfléchir aux différentes fonctions de l’orthographe et il suscite un débat sur cette idée de réforme….Décidément plus que jamais d’actualité aujourd’hui.

“La kestion de la réforme de lortograf est sur le tapi. Naturelman, il y a dé jan qui se voil la fass kom sil sajicé de kelk onteu sacriléj. Dôt-z-o contrer trouv ça trè bien. Kom de just, je fu lun dé premié interviouvé. Mon cher mêt parci, mon cher mêt parlà, ke pancé vou de cett réform ? Ce ke jan pans, cê tré simpl : je la trouv exélante

Jé même naré la grande coler dune dame ki sécrié : « Lortograf ! mé cé notr sauvgard, a nous zôt mondène ! Si  on suprim lortograf, coman pouraton fer la diférans entr une duchess é la demoisell d’in concierj ! »
Toubo, ma bel, toubo ! O ke voilà dès sentiman ki retard sur notr époc uniter é démocratic !Yatil donc une si grande diférans entre une duchess é la demoisell dun concierj ?

 E pui, par cé tan dinstruccion obligatoir, lé demoisell dé concierj en remontreré souvan a plu dune grande dam, ne vouzi trompé pa ! Koi kil en soi, ce projé de réform a lé plu grande chans dêtr adopté, sinon ojourdui, du moin dan peu de tan.

On écrira com on parl, é person ne san trouvera plu mal.

Ki nou dit ke no petit neveu ne se railleron pa de notr mani dimposé de tel form a tel mot pluto que tel ôtr ? “

 

Il est vraiment formidable, ce texte, parce qu’il est drôle, il permet de convenir qu’un texte orthographié est tout de même plus facile à lire, mais il dénonce aussi la valeur sociale de la maîtrise de l’orthographe. Je l’adore: si quelques profs passent par là, je les encourage à s’en emparer, on a toujours une belle heure de cours autour de ce texte! (qu’on peut au choix transformer en langage SMS ou bien remettre en français correct). Je vous encourage aussi à présenter aux élèves un petit extrait de Montaigne dans le texte original ou bien d’un auteur du XVIIIème, pour voir combien à l’époque nous étions beaucoup moins conservateurs dans notre usage de la langue.

 

Pourquoi les lettres ne doivent pas manquer l’ICN

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Vous le savez peut-être: à la rentrée prochaine, certains lycées proposeront, de façon encore un peu expérimentale, un nouvel enseignement d’exploration, en seconde, dont le sigle “ICN” signifie “Informatique et création numérique”. Quand on se promène sur internet à la recherche de renseignements, il nous semble que cet enseignement est clairement conçu pour des orientations plutôt scientifiques: on nous parle des futures options SIN du bac STI2D et de la spécialité ISN au bac S. Informatique, programmation, des mots qui font peur aux littéraires, bref, les choses semblent claires: les lettres n’auraient rien à voir là-dedans. IL suffit d’aller visiter la fiche de l’ONISEP pour le vérifier: http://www.onisep.fr/Choisir-mes-etudes/Au-lycee-au-CFA/Au-lycee-general-et-technologique/Le-nouvel-enseignement-d-exploration-informatique-et-creation-numerique

Pourtant, dans l’intitulé de l’option on trouve bien “création numérique”. Et depuis quelques années, plusieurs de nos élèves de L s’orientent vers des écoles ou des formations d’art numérique. En lettres, au lycée, j’étudie avec mes élèves des œuvres interactives de Serge Bouchardon ou d’Alexandra Saemmer    . Elles sont conçues avec des programmes informatiques.

L’enjeu est de taille: pourquoi laisser le champ de la création numérique au lycée entièrement livré aux matières scientifiques? L’enseignement d’exploration présente une caractéristique bien pratique : la bi-disciplinarité: il me semble que nous, profs de lettres, ne devons pas laisser passer cette occasion. Nos amis profs de maths ou de SI sont assez ouverts pour entendre notre motivation,  et regarder avec nous les œuvres numériques étonnantes que nous pouvons leur montrer. Et si, au lieu d’avoir pour projet de créer avec les élèves un jeu vidéo avec des billes dans un labyrinthe (je dis n’importe quoi…) nous leur faisions inventer un poème interactif?

Certes je ne suis pas si forte en informatique, même si le logiciel Scratch, qui permet de s’initier aux bases de la programmation, ne m’est pas étranger. Mais pour ça, la collègue de mathématiques, à mes côtés, saura mieux que moi enseigner ce langage particulier aux élèves. Et le langage de la programmation reste un langage, d’ailleurs, très rigoureux, intéressant aussi comme objet d’étude. Élaborer un scénario créatif, ouvrir les élèves à l’art numérique,  découvrir les différents métiers qui se cachent derrière la création d’un jeu vidéo… il y a bien de multiples sujets pour lesquels le professeur de lettres est très compétent. Doit-on enseigner aux élèves à programmer en déconnectant ça de la question du contenu de ce qu’ils programment (par exemple des jeux où je zigouille tout le monde) et de l’analyse des effets de ce qu’ils programment? NON. Parce que ce serait même dangereux.

Derrière cette question de notre investissement, en tant que profs de lettres, dans une pareille option a priori scientifique, se profile une question plus vaste: voulons-nous que le numérique reste un domaine de sciences pures, qui n’a rien à voir avec l’art ni même avec une forme d’expression personnelle? Pour notre société, est-ce bien raisonnable de concevoir le numérique en opposition avec le champ du littéraire, qui resterait celui, moyenâgeux,  de la plume d’oie à peine améliorée, tandis que  la maîtrise des écrans serait le domaine des gens IN, ceux qui ont un bac S? La maîtrise du langage informatique est maintenant une nouvelle base fondamentale de l’expression de tout individu: savoir programmer, ce sera savoir s’émanciper des systèmes et des modèles qu’on nous impose. Cela permettrait aussi d’espérer savoir se libérer de sociétés multinationales qui contrôlent tout des nouvelles formes que nous donnons à nos créations sur la toile. La libre expression des auteurs et des artistes de demain dépend bien de cette maîtrise du langage informatique.

Je parle pour les enseignants de lettres, mais je pense que les profs d’arts plastiques et de musique doivent se poser les mêmes questions que nous. Il en va de la construction progressive des fameuses “Humanités numériques”.

 

“Je vous emmène”, la profondeur de l’instant

J’étais en train de finir d’écrire ce texte, quand hier soir, les événements tragiques qui ont eu lieu à Paris, et l’absence de ma fille – finalement retrouvée à 1h1/2 du matin- m’ont empêché de le terminer. Je le publie tout de même aujourd’hui. Parce que plus que jamais, nous ne devons pas renoncer à la beauté.

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Je n’avais pas trop envie d’écrire quoi que ce soit sur ce film qui fait partie de la « Troisième scène » de l’Opéra de Paris. Cette œuvre hybride est réalisée par Eric Reinhardt, et mêle à l’un de ses textes la danse de Marie-Agnès Gillot et une bande-son du compositeur Sébastien Roux. Je pouvais juste dire : c’est beau. Parce que c’est un poème visuel, et que parfois j’en ai marre de faire la prof, de tout commenter, de mettre du discours sur tout… j’ai seulement envie d’éprouver la beauté d’une œuvre.

Et puis les mots commencent à venir.

L’éloignement de Marie-Agnès Gillot est infini, elle n’en finit pas de disparaître. Il est rectiligne et inéluctable. Elle est insaisissable et royale. Même proche, elle est déjà loin. Fascinante parce que perdue d’avance ? Elle est sur un rail, sur le rail du train, sur le rail de la vie, chaque pas devient ce cahot ferroviaire imperceptible que l’on ressent encore même en TGV.

Comment rater une rencontre… Tout se joue le temps d’une seconde fatidique, une seconde vertigineuse et éminemment risquée, angoissante si on l’envisage à l’avance, pendant laquelle on n’a pas le droit d’hésiter. Il y a l’évidence soudaine du coup de foudre et l’assentiment entier de l’être qui doit suivre, cette nécessité : accepter de s’abandonner à la rencontre, refuser tout compromis avec le principe de réalité.

L’œuvre singulière créée par Eric Reinhardt avec Marie-Agnès Gillot et le compositeur Sébastien Roux dilate complètement cette seule seconde fatidique pour en faire un moment d’éloignement infini. Ce film nous dit par la profondeur de l’espace toute la profondeur du temps.

Laurent Dahl manque le miracle de l’instant, parce que paradoxalement, il en est trop conscient, il l’anticipe, le précède par son angoisse. Puis au moment de le vivre, il a cette hésitation, bien qu’il soit complètement lucide, et sache toute l’importance de son assentiment. Il est immédiatement trop tard : il a hésité. Il s’est laissé perturber par le principe de réalité. Il était aussi trop conscient de son importance et l’a intellectualisé au lieu de le vivre. Il a raté.

« Je vous emmène », en fait, ce n’est pas une question. C’est une injonction. Hop. Il faut monter dans le taxi. Il ne faut pas penser, il faut vivre.

La musique de Sébastien Roux et la voix de Laurent Poitrenaux mêlent un aspect presque mystique –avec cet espèce de chœur qui fait me penser à un chant d’église, tout comme l’espace autour de la danseuse, qui ressemble à une cathédrale immense et contemporaine- et le réalisme du récit, le bruit du train, etc… comme quand dans ce moment de rencontre décisive, on a l’impression de vivre quelque-chose qui est bien complètement dans le réel, mais qui aussi nous dépasse vraiment, presque sacré. Cette femme aussi, elle est tellement dans l’absolu, dans le refus du compromis, elle semble tellement exceptionnelle, qu’elle n’a pas l’air d’appartenir à notre monde.

L’instant, la rencontre, le coup de foudre, sont au cœur de l’œuvre d’Éric Reinhardt. La figure de la cantatrice inaccessible rejoint ici celle de la danseuse, Marie-Agnès Gillot elle-même présente en Médée de Preljocaj dans Cendrillon.

Car le récit de « Je vous emmène » fait partie de Cendrillon, qui est un roman d’Eric Reinhardt absolument génial. Laurent Dahl, ce trader, en est l’un des héros. Mais dans le livre, l’épisode qui est ici l’objet du film, fait partie d’une phase de l’intrigue où ce personnage est accablé de stress professionnel, et ce moment précis de la rencontre ferroviaire avec la cantatrice –qui existe pourtant telle quelle dans le livre- ne se détache pas, ne se déploie pas dans toute sa beauté : c’est le film qui la révèle à sa juste valeur. Cendrillon est d’ailleurs plein d’autres moments très beaux comme celui-là qui pourraient former une œuvre à part entière. Si vous ne connaissez pas ce roman, lisez-le d’urgence!

A chaque fois que j’ai lu l’une des œuvres d’Eric Reinhardt, j’ai eu l’impression que ce sont ses livres qui me disaient « je vous emmène ». Et je peux dire qu’effectivement, ils m’ont tous emmenée. Loin de là où j’étais.

Post scriptum anecdotique:

Ce film m’a fait penser à un épisode de ma vie. Voilà lequel.

Quand j’étais étudiante, je rentrais dans ma campagne natale par le train, et j’y ai rencontré un tout petit enfant de cinq ans : Bastien. Il voyageait seul avec son père. Moi aussi j’étais seule. Comme beaucoup d’enfants de son âge, ce petit bavard avait la bougeotte. Il s’est assis à côté de moi et nous avons énormément parlé, c’était un enfant incroyablement ouvert et curieux. Bastien me disait tout de lui, et voulait tout savoir de moi, enchaînant les questions spontanées, les déclarations enthousiastes. Je me souviens que nous avions dessiné, aussi. Plusieurs fois, son père est venu s’assurer qu’il ne me dérangeait pas. Non, pas du tout. Cet enfant était très émouvant, très éveillé, adorable, c’était une chance pour moi de faire le voyage à côté de lui. Mais je devais quitter le train avant Bastien. Quand je lui appris que j’allais bientôt arriver, il se mit à dire « Quoi ??? cela veut dire que de toute ma vie, je ne vais JAMAIS te revoir ? Tu te rends compte !!! mais c’est impossible ! Je ne veux pas ça, moi ! Non ! » Et il éclata en sanglots, inconsolable déjà. Il y avait quelque-chose de vertigineux dans sa prise de conscience, c’était déchirant. Moi aussi, j’avais les larmes aux yeux. Ce train, qui avait été le moyen un peu magique de notre rencontre inattendue devenait celui, implacable, de notre séparation.

Mon lycée qui prend l’eau

Je l’aime, ce lycée.

C’est un lycée de banlieue, polyvalent, pas un lycée “chic”, mais un lycée où il existe une vraie mixité sociale, et qui correspond à un modèle de société auquel j’adhère. C’est un lycée où l’on fait des tas de projets très chouettes avec des équipes de collègues motivés, comme notre prix littéraire maison pour toutes les classes de seconde, qui existe depuis plus de quinze ans. Le bâtiment est assez beau, très grand, en bord de Seine, et il a été dessiné par un grand architecte italien, Massimiliano Fuksas.

Alors là, j’ai tous les points de barème administratif pour partir de cet endroit si je le voulais et muter vers des horizons plus bourgeois, réputés plus tranquilles. Mais moi, les élèves d’ici, je les aime beaucoup, avec leurs soucis, leurs capacités d’invention, leur gentillesse, leur potentiel. Ce sont eux qui me donnent des idées, depuis des années, pour inventer des scénarios pédagogiques qui sortent de l’ordinaire. Et c’est chez moi, ici.

Bref, je suis prof à MaxP depuis la construction du lycée, il y a presque vingt ans, et j’ai toujours vu des flaques dedans, les jours de pluie, inonder les salles de cours ou  les couloirs. Il nous a été livré de façon un peu précipitée par Michel Giraud, un président de Région de droite, juste avant les élections régionales: c’est certainement pour cette raison que les finitions ont été bâclées et que le bâtiment n’a jamais été étanche. A force, j’ai presque l’impression que c’est normal, tous les trous dans les plafonds, les auréoles humides partout…

Il y a deux ans, je surveillais l’épreuve de bac français écrit, pendant laquelle on a vu une plaque de plafond se détacher tout à coup et une sorte de chute du Niagara s’abattre sur un élève qui composait en dessous. On a fini l’épreuve les pieds dans un lac artificiel. Est-ce que c’est parce qu’on est un lycée de banlieue populaire que ces choses paraissent normales au point de ne jamais être réparées sérieusement?

Ce lycée a toujours manqué de personnel d’entretien aussi. Du coup je ne l’ai jamais connu vraiment propre. Car quand il nous a été livré, il n’avait pas même été débarrassé de ses gravats de chantier. Maintenant, comme il n’y a pas eu de travaux d’entretien réguliers, les sols sont incrustés de saleté. On nous promet des travaux, des améliorations, surtout quand il y a un accident. Une flaque de sang, la tragédie frôlée, et ce jour-là, tout le monde fait le déplacement. Mais après, on traîne, on traîne… peut-être se dit-on que les années passant, les profs oublient les promesses faites à l’époque?

C’est bizarre, j’ai comme l’impression qu’ils n’ont pas les mêmes problèmes au Lycée Henri IV.

Sur le seuil…

Nicolas. Ce jeune lycéen de seconde se tenait là, devant moi, à chaque interclasse, à chaque récré, avec sa petite bouille triste et son silence. On parlait un peu, doucement, et je finissais par lui dire “au revoir”: il fallait que je le chasse. Sinon, je crois qu’il serait bien resté et peut-être même qu’il aurait pu me suivre jusque chez moi. Sa maman était morte en septembre d’un cancer, alors qu’il arrivait justement au lycée. Son papa, avec qui il vivait seul, fou de douleur, avait arrêté de travailler et il a vécu toute l’année sa dépression prostré, dans sa chambre, sans en sortir. J’étais la professeur principale du petit -plus si petit- qui me regardait avec toute sa tristesse, tous les jours, et qui n’arrivait pas à travailler. On avait fait “ce qu’il fallait”, on avait vu l’infirmière, l’assistante sociale. Le CPE. La conseillère d’orientation. Mais il restait devant moi, chaque jour, avec ses yeux semblant implorer une sorte d’adoption muette.

Et non, je ne pouvais pas être sa maman. Je n’étais que sa prof. Au seuil de son désespoir. La porte entrouverte sur sa vie. Sans pouvoir y mettre le pied. Bon, j’étais tout de même là, derrière, présente et impuissante.

Dans sa classe, cette année-là,  il y avait aussi un autre garçon triste, très discret. Tristan. Lui aussi, avec cette pâleur et ces cernes qui m’inquiétaient. Mais celui-ci, loin de me solliciter, voulait se faire oublier. Ce sont les alarmes du lycée qui ont détecté sa présence la nuit, alors qu’il cherchait à dormir sur un banc, dans le hall, parce qu’avec sa maman, et ses trois frères et sœurs, ils avaient dû se réfugier dans le deux-pièces du papy, où il n’y avait vraiment pas de place pour lui. Il a avoué qu’il dormait là depuis quelques jours, déjà.

Agnès. Je me rappelle la leucémie de cette élève de terminale et les remords que nous avions éprouvés d’avoir pu soupçonner un moment une sorte de laisser-aller adolescent de sa part, les reproches que nous lui avons faits, avant d’apprendre la maladie et d’être complètement dépités. Cette joie partagée, lorsqu’ elle a eu son bac quand même, malgré les traitements lourds. J’ai envie de pleurer quand j’y pense, car elle est morte depuis, d’une récidive, alors qu’elle était encore étudiante.

Il y a aussi la maman de Nadia, qui en arrivant face à moi pendant la réunion parents-profs, me dévisage et me dit brusquement: “Vous ne me reconnaissez pas, n’est-ce pas? c’est à cause de la chimio”. Je n’étais pas au courant. Elle et moi, on a soudain les larmes aux yeux. Elle me dit qu’elle a peur de mourir, de laisser ses enfants. J’ai eu son fils aîné deux ans auparavant. Cette année, j’ai sa fille. Qui veut être… infirmière…. On finit par pleurer carrément, cette gentille maman et moi, chacune d’un côté de la table, en se tenant les mains. Curieuse réunion parents-profs. Elle a guéri. Son fils, deux ans après le bac, est mort dans un accident de voiture. Cette fois-là, j’ai passé le seuil. On s’est écrit de belles lettres. Il y a un moment où les frontières profs/ parents – du fait de circonstances particulières- perdent leur netteté et où on se sent tout simplement des êtres humains sur la même planète.

Je pourrais vous en raconter bien d’autres, des histoires tristes. Rester sur le seuil n’est pas toujours évident, avec cette porte entrouverte sur tant de vies, tant d’histoires singulières, pratiquement une centaine d’élèves chaque année. Il y a dix jours, j’étais à un enterrement à côté de deux élèves que j’avais l’an passé. On a pleuré ensemble, on s’est embrassés. La maman de leur meilleur copain était aussi mon amie. Parfois, un hasard, des rencontres, et tout se mélange un peu, ma vie, la leur…

Etre prof pendant longtemps, c’est vivre à côté des élèves, et parfois un peu avec eux aussi, les belles choses qui leur arrivent comme les plus tragiques. Il ne faut pas se mêler de ce qui ne nous regarde pas. Mais s’ils sentent que le prof est là, à leurs côtés, et qu’ils nous voient comme un adulte bienveillant, je me dis que c’est déjà une belle et noble chose.

Ah, je suis un peu lourdingue avec mes grands principes et mon humeur empathique, mais la pub à la télé qui passe en ce moment te dit pourtant que la prof, c’est son tableau qui l’intéresse, combien font 20 – 5, et pas ses élèves.

 

 

(Les prénoms ont été changés)

Non au harcèlement scolaire!

Oublions ce clip qui m’a mise en colère et concentrons-nous sur l’essentiel: comment faire face, concrètement, au harcèlement dans nos classes? Le ministère de l’éducation a mis en place des outils bien meilleurs que ce spot… Je vous encourage à aller sur ce site dédié au harcèlement: http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/

Sur ce site, vous trouverez des ressources vraiment intéressantes. Il y a un guide “que faire?” qui s’adresse à chacun des acteurs de l’école: http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/que-faire

On y trouve également tout une série de ressources diverses: guides pédagogiques à télécharger, outils de sensibilisation (des opérations pédagogiques auxquelles ont peut participer…) et aussi des vidéos de paroles d’experts…  C’est vraiment très bien fait, et très utile. Bravo aux équipes qui ont réalisé ce travail!  http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/ressource

La campagne contre le harcèlement n’a pas besoin de se faire au détriment de l’image des enseignants. Il existe un véritable arsenal d’outils mis en ligne à la disposition de tous, très utiles, faits par des professionnels très compétents sur le sujet. Ils existent et nous devons les faire connaître pour nous battre tous ensemble – profs, élèves, parents-  et être enfin efficaces contre ce fléau.

Je signale également un reportage fait sur France Inter, sur les “messages clairs” dans les écoles, une façon de désamorcer les conflits fondée sur la verbalisation. Cela semble simple et efficace: exactement le genre de principe à promouvoir dans les établissements. http://www.franceinter.fr/emission-le-zoom-de-la-redaction-journee-nationale-contre-le-harcelement-scolaire