Pourquoi ce site?

L’idée de créer un site personnel m’avait jusqu’à présent semblé ostentatoire, prétentieuse. Quelques essais de blogs perso se sont révélés embryonnaires, sous-développés, à demi-abandonnés sitôt créés, désertés en pleine gestation, à peine nés et déjà poussifs, semi-moribonds- alors que pourtant, je mène à bien chaque année des blogs pédagogiques avec mes élèves, dont nous sommes plutôt contents, eux et moi. J’ai un peu la manie de m’enfuir quand les choses me semblent difficiles ou me concernent trop personnellement. Je pratiquais donc le blog personnel sur un mode tangentiel, l’écriture fantomatique, la fugue numérique pour clavier mal tempéré.

Et puis, récemment, on m’a demandé de faire un CV. Ce n’est pas une chose bien courante quand on est prof. Surtout quand ça fait bientôt 20 ans qu’on enseigne dans le même lycée. J’ai eu l’impression de me retrouver devant mon passé comme devant un gouffre insondable. J’en ai fait des choses: mais quoi, précisément? Je m’aperçois que j’ai moi-même beaucoup de mal à savoir exactement tout ce que j’ai écrit, produit, créé, ces dernières années, seule, avec mes élèves, ou en formation: parfois je tombe tout étonnée sur un vieil article, un ancien blog, un diaporama antique. D’où ce besoin tout à coup: faire la liste, montrer que j’ai vécu bien des choses avec ce métier, en donner les preuves, rassembler les éléments menacés d’éparpillement et de disparition…

Mais surtout…J’éprouve le besoin de réagir. Une coiffeuse inconnue la semaine dernière s’est exclamée avec tant de commisération: “Oh! Ma pauvre! “, quand je lui ai dit que j’étais prof parce qu’elle voulait savoir ce que je faisais dans la vie… Hier soir, c’est le chauffeur de taxi qui me ramenait dans ma banlieue qui a eu exactement la même réaction: “Comme ça doit être difficile!” J’ai essayé de leur répondre que non, j’aimais enseigner: il me semble qu’ils ne m’ont pas crue. Il y avait le doute qui subsistait dans leurs yeux: je protestais, mais pour eux certainement, il s’agissait de faire bonne figure devant l’évidence de cette honte sociale, de ce cauchemar professionnel connu de tous. Le pire, c’est quand on précise qu’on est prof “en banlieue”. Prof à Henri IV, passe encore… Mais dire qu’on est prof dans un “lycée des métiers” dans une banlieue populaire, c’est un peu comme avouer qu’on se fait insulter à longueur de journée par des délinquants agressifs, qu’on a évité de peu le coup de couteau fatal au détour d’un couloir, qu’on fait de la garderie de hordes sauvages. Même si en réalité, on a des élèves adorables, dynamiques, parfois brillants, et terriblement inventifs – quelquefois trop bruyants, pas assez actifs, etc… comme partout, quoi, ou presque.

Je ne sais pas au juste si je m’y prends bien pour contribuer à casser cette sale image qui nous colle à la peau, mais je voudrais montrer à mon échelle qu’être prof, ça peut être vécu comme une aventure forte. Tu peux vivre des tas de choses assez imprévues, créer des scénarios pédagogiques inattendus, mettre en scène des morceaux de littérature, inventer des choses jamais faites. Ta vie peut être incroyable quand tu es prof.

 

 

 

Un site pour rassembler et pour créer

Professeur de lettres au lycée Maximilien Perret d’Alfortville, j’aime réfléchir à l’évolution de mon métier, notamment grâce à l’utilisation du numérique. Je m’intéresse également à la littérature contemporaine. Ce site est fait pour rassembler les articles que j’ai déjà écrits, et ceux que je continue d’écrire, à la fois dans le domaine de la pédagogie des lettres et de la recherche littéraire. Je me rends compte que tout ce que je fais, ce que j’écris est assez dispersé et j’ai besoin d’un support pour rassembler cmoie qui existe et ce qui est en train de se faire.