Anti-perles, vraies pépites du bac et autres fulgurances

Site des anti-perles du bac

Après les perles du bac, voici les anti-perles 🎓

Publié par franceinfo vidéo sur vendredi 7 juillet 2017

Les oraux du bac français, pour une professeure de lettres, comme pour des élèves de première sont des moments très intenses. Ce véritable “speed-dating littéraire” est l’occasion de vrais rendez-vous avec des jeunes, qui dans la grande majorité des cas, se montrent sérieux, intéressés, et sont allés à la rencontre de la littérature. C’est un moment important, dont ils garderont un souvenir, parfois toute leur vie. Le décalage entre la qualité de leur travail et la lecture des traditionnelles “perles du bac” fait naître un sentiment de révolte. J’avais face à moi, ces dernières semaines, des lycéens appliqués, qui étaient capables d’exprimer leurs sentiments face à la poésie de Baudelaire ou au théâtre de l’absurde, de m’expliquer les principes du surréalisme, ou de critiquer Paul Valéry. Mais dans les journaux, sur les réseaux sociaux, je lisais en revanche une accumulation de grosses bourdes érigées en symbole du niveau des élèves. Il y avait une injustice flagrante!

Non, nos lycéens n’ont pas le QI d’une huître.

Nous ne pouvons pas laisser dire chaque année, sous prétexte qu’on aura prélevé parmi des milliers de copies une poignée d’absurdités, qu’elles sont le reflet d’une génération entière. L’origine de ces perles, d’ailleurs, est souvent douteuse et on n’a pas vraiment de garantie quant à leur authenticité. Mais cela n’encombre pas vraiment les scrupules de certains qui les compilent: du moment que ça “fait du clic” sur internet! Et si le concept repose plus ou moins sur l’humiliation de jeunes en formation…tant pis…

Pourtant, moi aussi, je ris des erreurs que je trouve parfois dans certaines copies. Entre examinateurs, nous échangeons volontiers ces fameuses perles comiques, nées des maladresses de nos élèves. D’ailleurs, c’est un principe fondamental du rire: on rit quand quelqu’un d’autre tombe, cela n’a jamais été très charitable. Certaines perles du bac diffusées dans les médias sont aussi de vraies trouvailles qui ont leur forme de génie. Pourquoi pas un sourire attendri? Je ne suis pas de ces ayatollahs qui proscrivent l’humour. Ce qui me dérange, c’est le fait que ces perles sont souvent assorties non pas de ce sourire attendri, mais d’un rire gras, condescendant, voire de commentaires effarés, déclinistes, sur le fameux “nivôkibess”!

Exhiber la faiblesse des plus jeunes dans la sphère publique, en tant que pédagogue (et pas spécialement pédagogo, je vous vois venir) ne me semble pas très constructif, et disons le franchement, je trouve ça même un peu pervers. Je m’interroge souvent sur les réelles intentions de ces adultes, si prompts à publier les phrases les plus catastrophiques des élèves. Car on voit sur les réseaux sociaux des photographies des copies les pires, publiées par certains enseignants avec une sorte de délectation malsaine…. Que veulent-ils prouver au juste? Démontrer que surtout la plus jeune génération n’arrivera jamais à leur auguste hauteur?

C’est pourquoi j’ai eu l’idée d’allumer un contre-feu en publiant ces “anti-perles” du bac, sous la forme d’une page internet participative (padlet). Nous pouvons y compiler nos meilleurs souvenirs, toutes matières confondues, des oraux et des écrits du bac, sous cette forme fragmentée des citations anonymes, pour démontrer que nos lycéens sont réellement pourvus d’un cerveau, et mieux encore, qu’ils savent très bien s’en servir!

Mon propos n’est pas de démontrer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes dans notre système éducatif, ce n’est pas mon but. Je sais qu’il existe aussi des difficultés. Mais pensez-vous vraiment que chaque année, caricaturer le niveau de la jeune génération en gémissant théâtralement dans un chœur de pleureuses peut améliorer quoi que ce soit? Dans votre vie, avez-vous déjà été aidé par un dénigrement moqueur et condescendant?

Le succès fulgurant du petit tweet à l’origine du projet (plus de 1200 RT très vite) et la réactivité des médias montrent bien qu’il y a une véritable attente de la société, dans le sens d’une vague de fond positive. La lecture de la page padlet en soi procure aux gens un véritable plaisir, me disent ceux qui la lisent, et pourtant les contributions y sont encore modestes, le projet ayant deux jours. L’idée n’est pas d’y déposer des récitations érudites de contenus savants -ce que les élèves savent aussi très bien faire- mais de témoigner de fulgurances créatives, jolies, émouvantes… Je m’y suis prise un peu tard; j’espère néanmoins que cette idée deviendra un nouveau rituel. L’année prochaine, je vous promets un joli site, avec un onglet “antiperles du brevet”, “antiperles des écoles” sur lequel ce sera un bonheur de se promener. Je ne veux d’ailleurs plus qu’il soit associé à mon nom, car j’ai l’impression de me transformer en vedette alors que l’idée de base est simplissime. A terme j’espère même que cela puisse devenir un outil de formation.

 

J’appelle donc mes collègues, toutes matières confondues, à enrichir notre page collaborative des antiperles, en suivant ce lien: . https://padlet.com/francoisecahen/antiperles Merci beaucoup d’avance!